Le roman au XXème siècle: préparation des leçons.
I. Leçon sur l’introduction au XXème siècle
Objectifs
· Rappel des principales caractéristiques du réalisme (partir de leurs souvenirs)
· Passage du XIXème au XXème siècle
· Rappel du contexte historique: siècle divisé en trois périodes dont les limites sont les grandes guerres. Mettre en regard de ces périodes les mouvements socio-culturels et littéraires les plus importants: la Belle Epoque et l’insouciance, les Années Folles et l’amnésie volontaire suivie de la littérature de témoignages et l’après-guerre et le nouveau roman, l’existentialisme, le roman)fleuve, etc.
Þ Les élèves, au terme de cette introduction, doivent avoir une vision globale du siècle et de sa segmentation due aux guerres ainsi qu’une vue sommaire du changement des tactiques romanesques à l’orée du XXème siècle.
Contenu de la matière
Tripartition du XXème siècle:
· période d’avant-guerre (jusqu’en 1914)
· période d’entre-deux-guerres (de1918 à 1939)
· période d’après-guerre (à partir de 1945)
Infleunce sur les esprits et donc sur la littérature de ces événements majeurs.
a) Période d’avant-guerre (La Belle Epoque)
(Précédée de la vogue décadente, aux antipodes de la Belle Epoque)
Sentiment d’être arrivé à un sommet de maturité, insouciance, années d’illusion. Les peuples ne se rendent pas compte de l’imminence de la guerre et refusent de voir l’essor industriel et militaire allemand ainsi que les différents signes de déréliction (scandales financiers, par exemple) de la société du début du siècle.
D’un point de vue culturel, période consacrée à la recherche de tous les plaisirs, les lieux mondains sont les pôles de l’activité intellectuelle et littéraire, optimisme triomphant.
Naissance des premiers cafés-concerts (Chat Noir, les Folies Bergères, etc.)
Naissance du cinématographe (Frères Lumière, Méliès, etc.)
1913, assassinat de Franz Ferdinand dans les Balkans (communément admis comme étant le point déclencheur des conflits), réveil brusque des peuples qui se découvrent à l’orée de la première guerre mondiale.
Du point de vue littéraire, on fait commencer le XXème siècle avec la mort du réalisme (Manifeste “Soirées de Médan”, 1880; Manifeste des Cinq, 1887) (c’est une vue de l’esprit). En réalité, tout n’est pas si simple puisqu’une période s’intercale entre les deux: le Décadentisme
Principales caractéristiques: conscience de fin de monde (tant du point de vue politique que du point de vue social), artiste en décalage avec sa classe (puisque non-productif), sur-évaluation de l’esthétisme (pensez au dandisme et au style coruscant, raffiné, hermétique), proche de l’impressionnisme, attirance pour le morbide, l’étrange, grande attention aux songes et aux rêves.
Décadence= dernier stade du naturalisme.
Naturalisme= fixation des événements du présent.
Décandence= fixation des événements du passé.
Auteurs célèbres: J.K. Huysmans, “A Rebours”, Balzac, “Traité de la vie élégante”, Jules Laforgue, “Ballade du petit hypertrophique”, Charles Cros “Le Hareng Saur”, etc…
Principales caractéristiques du réalisme:
- narrateur omniscient
- démarche pseudo-scientifique (observation clinique, importance de la médecine dans les idées d’hérédité, d’alcoolisme…d’imprégnation)
Þ Souci d’Objectivité
- vision déterministe (laisse peu ou pas de place au libre-examen et à la liberté “tout court”) et influence du milieu (idée fantasmée sur les théories de Darwin)
- linéarité temporelle stricte dans le récit
- personnages issus des classes populaires (paysans, ouvriers, etc.)
Principaux auteurs: Zola, Flaubert, Maupassant.
Au XXème siècle, on ne sape pas toutes les bases, mais il y a refonte du réalisme en y introduisant la subjectivité du narrateur.
Apparition du monologue intérieur dans “Les Lauriers sont coupés” sous la plume de Dujardin en 1887 (roman sur rien : mise en sène d’un jeune homme médiocre qui tente de séduire une actrice mais qui ne passe jamais à l’acte Þ non-événement; construction narratologique sur base d’associations d’idées). Symboliste
On passe d’un réalisme extérieur à un réalisme intérieur. L’ambition romanesque ne sera plus de décrire le monde mais de se décrire soi. On élucide une conscience. L’enchaînement chronologique des événements est bouleversé. Fragmentation du “personnage qui dit je”, mort du narrateur omniscient.
Introduire M. Proust.
Le début du XXème siècle est un moment de doute: la confiance en la science est ébranlée (“Théorie de la relativité généralisée” Einstein 1916, naissance des probabilités), celle en le langage est aussi destabilisée (Cours de linguistique générale”, Saussure, 1916): le langage cesse de garantir l’ordre et l’authenticité des représentations. Perte de repères avant la catastrophe.
b) Période d’entre-deux-guerres
Victoire de la France mais pertes très lourdes de chaque côté: ruine, morts nombreuses (impact ds les familles), catastrophe jamais vue (utilisation de gaz, gueules cassées, début de l’aviation de guerre…), post-apocalypse.
Années ’20 ou les “Années Folles”: Amnésie volontaire de la part des élites, déni des horreurs, réel désir d’insouciance. Littérature de divertissement, frivolités.
Mouvement centré à Paris.
Rappel: Prix Goncourt 1919: “A l’ombre des jeunes filles en fleur”, Marcel Proust en conccurrence avec “Le Feu (Journal d’une escouade)”, Henri Barbusse,1916.
Point de vue littéraire, place à la frivolité, besoin d’évasion, d’oubli.
Cocteau “Les Enfants Terribles”
Radiguet “Le Diable au corps”
+ Littérature de témoignage
Barbusse
Dorgelès “Croix de Bois”
Années 30: contre-coup de la guerre, la réalité nous rattrape.
Marasme financier: crash de 1929. Faillite générale.
Confirmation des doutes concernant les prétendues certitudes scientifiques et leur aptitude à améliorer le sort de l’homme. Ex: utilisation des gaz moutarde dans les tranchées, première apparition de l’aviation de guerre.
Montée du fascisme en Italie avec Mussolini et du nazisme en Allemagne avec Hitler qui accède au pouvoir en 1933, Franco en Espagne (Guernica).
Point de vue littéraire: littérature de l’inquiétude.
Il ne s’agit plus d’élucider le Moi mais d’exprimer le tragique de l’homme.
On veut agir sur les esprits.
Sentiment de vivre l’Histoire en “direct live”, grande conscience de l’historicité.
Raconter = témoigner = participer à une lutte collective (plus de place pour l’individu, il faut “se situer” à gauche ou à droite)
La littérature doit être efficace: en dénonçant les injustices, la misère du monde, on espère provoquer un sursaut de conscience.
Introduire les “Romans de la condition humaine”:
Louis-Ferdinand Céline “Voyage au bout de nuit”, “Féérie pour une autre fois”
Saint-Exupéry “Vol de nuit”, “Pilote de Guerre”
Malraux (“Les Conquérants”, “La condition humaine”)
c) Période d’après-guerre
Comme après la précédente, grand désarroi. Europe dévastée, utilisation de la bombe atomique au Japon, naissance de la confrontation entre l’est et l’ouest. Proche de nous, difficile d’avoir une vision claire.
En littérature, apparition de l’existentialisme avec Sartre
Veine des “Romans Existentialistes” dont Camus est un des représentants. “L’Etranger” et “La Peste”
Purs constats, pas de solutions, romanesque évacué puisque bilan et non récit.
Méthodologie
· Se baser sur leurs connaissances historiques pour opérer la délimitation du siècle en trois périodes.
· Pour chaque période, demander aux élèves ce qu’ils en savent ou pensent en savoir. Partir de leurs représentations et leur expliquer le déroulement des événements.
· Placer en regard de ces périodes les différents mouvement littéraires et leur expliquer que l’histoire des hommes et l’histoire de la pensée littéraire ne sont pas indépendantes.
· Introduire au passage les auteurs que nous aborderons plus tard (Proust, Céline et Camus.)
· Partir de leurs souvenirs concernant le roman réaliste du XIXème pour dégager les nouvelles voies qu’empruntera le roman.
Le roman au XXème siècle
II. Leçon sur Marcel Proust (1871-1922)
1. Objectifs
Rappeler dans quel contexte s’insère l’oeuvre de Marcel Proust (post-réalisme)
Replacer l’oeuvre de Marcel Proust dans sa vie (penser à “Contre Sainte-Beuve”)
Expliquer comment se présente son oeuvre (cycle, premier et dernier tome écrit conjointement)
Présenter les notions particulières de temps, de mémoire et de rôle de l’oeuvre d’art chez Marcel Proust à travers trois extraits:
Un univers dans une tasse de thé (“Du côté de chez Swann”)
L’art et le temps (“Du côté de chez Swann”)
L’art et la vie (“Le Temps retrouvé”)
Þ Les élèves devraient au terme de cette leçon avoir compris en quoi l’écriture de Marcel Proust rompt avec les canons du réalisme et introduit une nouvelle voie pour le roman, à savoir l’élucidation du Moi
2. Contenu de la matière
a) Biographie de l’auteur
Issu d’un milieu privilégié (père médecin), né en 1871. Vie de dilettante consacrée aux mondanités et à des études poussées en philosophie. Influence de son cousin Henri Bergson sur sa notion de temps.
Grande faiblesse physique (asthme) qui le contraint très tôt à ne pas trop se mêler aux autres. Sur-protégé par sa mère. Vie de reclus, chambre de liège. Amours homosexuelles honteuses (à la différence de Gide). La majorité des personnages de la Recherche ont une tendance à l’homosexualité sauf le narrateur (qui sans être Proust, lui ressemble à plusieurs égards).
Présentation de la Recherche (1913-1927)
Oeuvre d’une vie. Travail de la mémoire à reconstituer un monde à partir de souvenirs. Composée de sept tomes. Partition non voulue par Proust qui voulait idéalement écrire un roman d’une pièce, sans chapitre. Oeuvre parue en partie après sa mort.
A la base de l’entreprise, une angoisse (de celui qui se sait condamné par la maladie): me temps. Comment le fixer, l’arrêter?
Deuxième axe de développement : comment naît la vocation littéraire.
1°) “Du côté de chez Swann” (1913) Trois parties:
Combray: souvenirs d’enfance du narratuer, lieu de vacances, calme, il ne se passe rien. Visite du voisin, M. Swann, que le narrateur connaît à peine. Paradis perdu. Temps de l’horloge. Apparition des Verdurin, bourgeois parvenus qui vont tenter de s’immiscer dans le milieu aristocratique pendant toute l’oeuvre.
Lecture du premier extrait: “Un univers dans une tasse de thé”
Extrait de la madeleine:
- Récit à la première personne mais pas autobiographie ( Rappel “Contre Sainte-Beuve”)
- Thème principal: la mémoire. Souvenirs présents dans l’inconscient. Le temps qui passe n’est pas perdu mais “stocké” en nous. Moyen d’y accèder: par des sensations et non par la raison (mémoire involontaire). Fonctionne au hasard, incontrôlable.
- Stylistique: phrases longues, sinueuses. Impression de tenir un fil d’Arianne dans un labyrinthe, déroule le fil de la pensée. Démarche mentale difficile pour redécouvrir le passé rendue par la difficulté de lire Proust sans se perdre.
Un amour de Swann: Trente ans plus tôt, la seule partie à la 3ème personne. Swann, protagoniste principal. Esthète oisif. Amour non réciproque pour Odette de Crécy, femme intéressée. Echec de l’amour.
Nom de pays: le nom: Retour au narrateur à l’époque de Combray, à la fin des vacances. Lieu: Paris. Rencontre avec Gilberte, la fille de Swann. Premiers émois amoureux.
Lecture du deuxième extrait: L’art et le temps
Préparation à domicile
Description sur le ton de l’humour de la grand-mère du narrateur.
Exercice individuel:
- Caractériser la description de la grand-mère.
® aux antipodes du réalisme, description par les actes et les paroles, aucune notation physique ou vestimentaire.
- Que recherche la grand-mère? En quoi cette manie peut-elle constituer un réquisitoire contre le réalisme?
® des objets anciens, chargés d’histoire, hors de toute utilité; ces objets sont transfigurés par l’art, la grand-mère rechigne à acheter des photographies. La vie est sublimée par l’art.
- Peut-on qualifier ce texte d’humoristique à certains égards?
® l’analyse scrupuleuse de ses contemporains par Proust n’est pas dénuée d’humour. Proust n’est pas l’auteur ennuyeux que l’on croit.
Leur dire qu’après ce volume Proust s’est attelé à écrire le dernier tome et qu’il a ensuite écrit les autres. Introduction du caractère cyclique de l’oeuvre.
2°) “A l’ombre des jeunes filles en fleur” (1918), en deux parties. Narrateur a vieilli.
Autour de Madame Swann: Narrateur jeune adulte amoureux de Gilberte qui ne ressent rien pour lui. Froide et égoïste. A la fin, narrateur feint l’indifférence, qui avec le temps, devient réelle. Parallèle avec l’histoire de Swann, mais le narrateur s’en sort à la différence de Swann. Suicide du “moi qui aimait Gilberte”.
Notion d’intermittences du coeur.
Nom de pays: le pays: Deux ans après. Vacances à Balbec, station balnéaire huppée. Narrateur tombe amoureux d’Albertine mais change de stratégie: adopte une attitude indifférente.
3°) “Le côté de Guermantes” (1920-1921)
Chronique mordante du monde aristocratique d’avant-guerre montré comme cruel, hypocrite et d’une extrême politesse.
4°) “Sodome et Gomorrhe” (1921-1922) Thème principal: l’homosexualité.
Toujours dans le monde des salons aristocratiques. Amours du baron de Charlus, esthète arrogant, et de Morel, un pianiste, devant lequel il perd tout crédit.
Homosexualité conçue comme une maladie et non un vice. Résonnance particulière du fait de l’homosexualité de l’auteur.
Soupçons sur l’homosexualité d’Albertine qui se confirmeront. Cette nouvelle rend le narrateur fou. Il décide de la séquestrer.
5°) “La prisonnière” (1923)
Le narrateur séquestre Albertine dans un appartement à Paris, mais, même enfermée, elle lui échappe (sens figuré).
Notion d’amour toujours malheureux et jamais réciproque.
Les Verdurin continuent leur ascension sociale. Le temps continue de tout dégrader.
6°) “La fugitive” ou “Albertine disparue” (1925)
Le narrateur décide de quitter Albertine, mais elle le prend de court. Se rend compte que la jalousie, comme la mémoire a ses intermittences. Ellle décède peu de temps après suite à un accident à cheval. Il découvre au terme de plusieurs enquêtes qu’il ne connaissait qu’une partie d’Albertine qui se révèle avoir été une excellente menteuse. Cela ruine les quelques bons souvenirs qu’il en gardait.
Ces deux tomes ont pour thème principal l’amour sous toutes ses formes et la jalousie.
L’mour est un horrible jeu de dupe. L’amour pour Proust est un pur effet de la subjectivité: on aime dans l’autre ce qu’on aurait aimé qu’il fût. L’amour, c’st vouloir posséder.
7°) “Le Temps retrouvé” (1927)
Le temps a passé depuis le début de l’histoire, au moins 16 ans.
Proust évoque la guerre avec un certain dédain ett indirectement. Il focalise sur les conséquences de celle-ci sur l’aristocratie: tout s’effondre. La bourgeoise Verdurin a épousé le Duc de Guermantes, Odette de Crécy a perdu la raison, Gilberte s’est enlaidie… Sensation du temps passé, d’usure. Sa propre santé s’est aggravée.
Alors que le narrateur pense que tout est perdu, il a une illumination:
Lecture du troisième extrait: “L’art et la vie”
Pour résister aux ravages du temps, il faut éterniser la durée. Pour Proust, la seule chose qui puisse défier le temps est l’oeuvre d’art dans laquelle chaque créateur inocule son “moi”. Pour être éternel, le narrateur doit donc écrire. Résolution de son incapacité à trouver un sujet: le sujet, c’est sa propre vie. L’imagination n’a aucune part dans son entreprise, il doit se plonger dans son propre réservoir de temps. L’oeuvre ne se distingue pas de la vie. Dès lors, chaque oeuvre est individuelle et n’entre dans aucun mouvement. Grande originalité de Proust.
La fin de la Recherche est un hymne à la joie, le narrateur ne craint pas la mort puisqu’il est “déjà mort plusieurs fois” (intermittences du coeur), mais seulement de ne pas arriver au terme de son travail.
b) Conclusion
Pourquoi Proust incarne-t-il le passage entre le XIXème au XXème siècle en littérature? Parce qu’il ne se préoccupe plus du souci d’objectivité. Tout est perçu à traveers le prisme de la conscience du narrateur. Révolution copernicienne.
3. Méthodologie
Présenter la biographie de l’auteur en relevant certains éléments qui pourront éclairer la genèse de l’oeuvre mais en se gardant d’expliquer l’oeuvre par la vie de son auteur. Introduction au “Contre Sainte-Beuve” en terme d’analyse littéraire.
Présenter la Recherche dans sa continuité pour donner aux élèves une vue d’ensemble de l’oeuvre. Cet exposé sera entrecoupé de lectures d’extraits (deux collectives et une individuelle) accompagnées d’une série de questions qui serviront à mettre en exergue les principales caractéristiques de l’écriture proustienne.
III. Leçon sur Louis-Ferdinand Céline (1894-1961)
1. Objectifs
- Expliquer dans quel contexte Céline s’insère
- Donner quelques points de sa biographie
- Introduire « Voyage au bout de la nuit » (explication concise de la trame narrative)
- Lecture d’un premier extrait en analysant le thème de la guerre et la critique sous-jacente (première entrée en matière)
- Pour introduire le style de Céline, faire une comparaison entre le premier extrait et le texte d’un autre auteur, Henri Barbusse, extrait de « Le Feu (Journal d’une escouade) »
=> comparer les deux manières différentes de faire passer le langage parlé dans le récit
- Relecture du premier extrait en ne se penchant uniquement sur le style => procédés de style => les élèves devront trouver dans le texte les moyens par lesquels Céline fait passer dans son récit des fragments de langue parlée
- Lecture rapide d’un deuxième extrait de Céline (incipit de « Féérie pour une autre fois ») pour montrer le traitement particulier de la ponctuation par Céline.
- Faire une petite conclusion sur Céline et son style (s’assurer que tous les procédés sont compris)
2. Contenu de la matière
a) Biographie
Louis-Ferdinand Celine, dont le véritable nom est Louis-Ferdinand Destouches, est né en 1894.
Pendant la première guerre mondiale, il est réformé en 1915 à cause d’une blessure au bras. Il part en Afrique. A son retour après la guerre (1919), il entame des études de médecine et soutient une thèse. Il partagera son temps entre l’écriture et son métier de médecin dans son cabinet médical. Céline publie son premier roman : Voyage au bout de la nuit en 1932 et son deuxième en 1936, Mort à crédit. A partir de cette époque, il se lance dans l’engagement politique. Il publie alors plusieurs pamphlets dont« Bagatelles pour un massacre », qui crée un véritable scandale car il y expose avec violence ses idées antisémites et son approbation au nazisme. Après la deuxième guerre mondiale, Celine erre à travers l’Europe et finit par ouvrir un nouveau cabinet médical dans lequel il n’exerce quasiment pas. Il meurt en 1961 d’une rupture d’anévrisme.
Cet auteur est important car il révolutionne l’écriture romanesque. Nous lirons plusieurs extraits de Voyage au bout de la nuit et nous les analyserons ensemble pour mettre en évidence les caractéristiques de son écriture
b) « Voyage au bout de la nuit »
Introduction sur l’oeuvre
Le récit commence à la veille de la première guerre mondiale et se termine plus ou moins 10 ans après l’armistice de 1918. Le héros s’appelle Bardamu. Il ne cessera de croiser tout au long du récit, Robinson, son double de misère. L’histoire rejoint très fortement l’histoire de Céline puisque Bardamu vit plus ou moins les mêmes événements que l’auteur : il s’engage dans l’armée mais est réformé à la suite de blessures, il s’embarque pour l’Afrique puis ira aux Etats-Unis, en France, … avant de s’installer comme médecin dans un dispensaire de banlieue.
Céline ne cesse de critiquer, à travers toutes ces aventures, la société : critique la guerre, critique le colonialisme en Afrique (montre l’exploitation humaine), critique le capitalisme aux Etats-Unis et enfin donne une vision noire de la banlieue.
« Voyage au bout de la nuit » est donc accueilli comme un grand événement littéraire d’une part par sa critique exacerbée et d’autre part par le style très particulier de l’auteur. (Céline innove en faisant entrer le langage populaire dans la narration).
Lecture du premier extrait du syllabus :
Rappeller que Céline a écrit son roman bien après l’armistice, le vent est retombé est il ne risque plus rien de la censure.
1)° Les idées
a) Que pense le narrateur du déserteur à cheval? Y a-t-il un soupçon de condamnation? Non. Naturel de se protéger des balles. Rien de condamnable.
b) Image du colonel: 1er paragraphe. Idée de l’absurdité des commandements. “Se mettre au milieu de la route”.
c) Comment sont représentés les ennemis?
Points noirs, déshumanisés. Aucune haine à leur égard. Souvenirs d’avant la guerre. Amabilité. Politesse. Comme avec des voisins.
On est loin d’une image de propagande diabolisant l’ennemi.
d) Incompréhension générale. “Peut-être….peut-être…. Mais moi, vraiment, je savais pas.”
Absurdité générale. “La guerre en somme, c’était tout ce qu’on ne comprenait pas.”
e) “Dans une histoire pareille….” Reprise du thème de la désertion. Seule échappatoire à cette situation imcompréhensible. Sentiment de solitude et d’inutilité.
f) “Je n’avais que vingt ans…” Décor vide, absence de vie “normale”, incongruité de la situation, merveilleux “comme s’ils étaient à une fête à l’autre bout du hameau”
g) “Ces Allemands….Le capitaine…. Bravoure stupéfiante” Quel ton est employé ici? A-t-on affaire à de l’ironie?
Deux paragraphes plus loin: élucidation: “C’était donc un monstre!”. Généralisation de la monstruosité. “Des braves… imbécillité infernale” Pas de fin envisageable.
h) “Deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu’au cheveux”
Nette critique des soldats “imbéciles” commandés par des monstres.
Peut se permettre ce genre de critique parce que le témoignage se fait a posteriori. Plus de risques de censure.
A nouveau, déshumanisation, animalisation, sous-animalisation “plus enragés que les chiens, adorant leur rage (ce que les chiens ne font pas)”
i) “on est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté” Déconfiture, désillusion de l’engagé volontaire. Plus de foi en l’Homme.
j) image finale du capitaine, simple rouage dans une mécanique qui tourne à vide, insensée.
Conclusion concernant les idées:
Regard sombre sur les événements, sans concession
Incompréhension au début puis révélation: boucherie insensée, foule de fous.
Désolidarisation.
Roman anti propagandiste:
compréhension de la désertion, tentation de la part du narrateur.
Pas de diabolisation de l’ennemi
Image de la hiérarchie dépréciée: le colonel semble d’abord inconscient, puis brave, puis apparaît être un monstre.
Bardamu= anti-héros.
Littérature de dénonciation, veut frapper les esprits. (Littérature de l’inquiétude, de la condition humaine.)
Lecture du deuxième extrait: exercice sur la stylistique. “Les Gros Mots” Barbusse
a) Comparaison des styles des deux écrivains.
Barbusse fait passer des fragments de langue parlée dans son récit. Céline s’illustrera lui aussi dans cette technique mais de manière différente. La langue parlée semble imprégner tout le texte, la narration est faite sur le mode parlé.
Peut-on parler d’une réactualisation du naturalisme ?
b) Etude approfondie de quelques éléments de l’écriture célinienne.
On parle de langage parlé, populaire…
Comment Céline a-t-il travaillé son texte pour donner cette impression ?
Point de vue lexical, repère-t-on de nombreux mots issus de l’argot ou appartenant au registre familier ? Non, très peu. ex : « petits crétins gueulards » « il n’y a qu’à foutre le camp »
Exercice : prenons deux phrases dans le début du texte et tentons de les ré-écrire dans un français plus conventionnel. Qu’en ressort-il ?
Premier paragraphe : « Car c’est là précisément qu’on avait fini par se mettre, le colonel et moi, au beau milieu de la route ».
® par ex : « Le capitaine et moi avions fini par nous mettre précisément au milieu de la route »
Pas forcément besoin de changer des mots, le lexique employé peut à peu de choses près être conservé. C’est l’ordre des compléments qui est particulier.
Céline fait primer l’ordre psychologique.
« On » à la place de « nous »
Troisième paragraphe « Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient , mais moi, vraiment, je savais pas »
® par ex : « Le colonel ou les Allemands savaient peut-être pourquoi nous tirions, mais moi pas »
Reprises inutiles : Lui= notre colonel
Ces deux gens-là= les Allemands= ils
Moi= je
Répétitions du verbe savoir très anti-littéraire.
Point de vue morpho-syntaxe : « à cause que » au lieu de « parce que »
« on » à la place de « nous »
« je savais pas », ellipse de la négation « ne »
« « Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite… », ellipse du « il ».
Travaille essentiellement sur la syntaxe. Travail de dislocation et de reprise ou d’anticipation.
Travail également du style
- ponctuations fortes
- reprises, répétitions abondantes
- rupture de registre.
Eléments de français soutenu :
Page 2 : « …ces longs fils d’acier tentants que tracent les balles qui veulent vous tuer …»
Allitération en T, imitation du tir de mitrailleuse
Métaphore séduisante.
« Ces Allemands accroupis sur la route, têtus et tirailleurs, tiraient mal…. »
A nouveau allitération en T
« On est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté » comparaison recherchée.
Lexique particulier : « un abîme… une immense, universelle moquerie…vingt ans d’âge… hameaux…. Qu’ils nous eussent laissé en confiance…. »
b) « Féérie pour une autre fois »
La lecture de l’incipit de cette œuvre ne servira qu’à montrer le traitement particulier de la ponctuation par Céline.
Conclusion : le langage parlé en littérature
Céline innove en écrivant tout le récit comme s’il était parlé ce qui tend à lui donner un ton très réaliste, ce qui était le véritable souci de Céline. Cet ancrage réaliste a le but de dénoncer et de choquer. D’ailleurs, l’emploi de la langue orale et la dénonciation d’une société abrutissante a créé un véritable scandale et une polémique à l’époque de la publication du « Voyage au bout de la nuit. » Les récits comportant des passages de langue parlée à l’époque sont très rare et même s’il en existe (nous avons vu Barbusse), ils n’apparaissent que dans les dialogues. Là où Céline innove réellement, c’est dans le fait de faire parler cette langue au narrateur de l’histoire. Cela dit, ce langage parlé est émaillé de quelques éléments de facture assez classiques. Entremêlement d’un français parfois argotique, souvent populaire et d’un français plus soutenu.
III. Leçon sur Albert Camus.
Objectifs
Situer Camus et son oeuvre dans le siècle.
Eveiller les élèves au concept de l’absurde dans l’oeuvre de Camus en s’appuyant sur deux extraits de “L’Etranger” (“La demande en mariage” et “Le procès de Meursault”)
Montrer comment Camus dépasse l’absurde dans l’essai “L’Homme révolté” en prônant la révolte et l’engagement collectif. Caractériser cette révolte.
Contenu de la matière:
1. Biographie
Albert Camus (1913-1960)
Mondovi (Algérie), enfance pauvre, orphelin de père très tôt (guerre de 14)
Etudes de philosophie mais maladie (tuberculose) l’empêche d’enseigner.
Journaliste (Revue Combat), fondateur d’une troupe de théâtre.
Résistance (maladie l’ayant empêché de servir sous le drapeau)
Auteur de pièces de théâtre, d’essais et de romans.
Proche de l’existentialisme au départ mais s’en sépare en 1951 avec la parution de “L’Homme révolté”
Prix Nobel de Littérature en 1957.
Meurt dans un accident de la route. (anecdote: on a retrouvé ds la poche de Camus un ticket de train inutilisé… absurde, n’est-ce pas?)
2. Lecture d’extraits et commentaires.
Résumé de l’oeuvre:
Meursault, employé de bureau lambda, à Alger. Mort de sa mère, ne manifeste aucune émotion. Rencontre avec Marie, la dactylo. Baignade, cinéma. Vie routinière.
Extrait: la demande en mariage:
À partir d’un extrait du roman, on dégage ce qui fait l’étrangeté de Meursault.
Avant la lecture du passage, je demande aux élèves d’être attentifs au comportement de Meursault et à sa façon de rapporter la scène.
Cet extrait permet de mettre en évidence plusieurs caractéristiques du comportement de Meursault :
· l’indifférence par rapport à soi et à Marie (« cela m’était égal »), et incapacité à penser, interpréter les rapports humains,
· la sincérité et l’exigence d’authenticité (Meursault n’apporte visiblement pas les réponses attendues par Marie),
· le caractère taciturne (Meursault ne parle pas pour ne rien dire : « je me taisais, n’ayant rien à ajouter ». Céleste fera remarquer ce trait de caractère lors du procès (pp. 141-142)),
· la tendance à ne pas souscrire aux valeurs communément admises (Meursault considère que l’amour et le mariage ne sont pas des choses importantes) et aux conventions (Meursault ne s’étonne pas du fait que Marie le demande en mariage).
· Le sentiment qu’a le lecteur de l’indifférence de Meursault est accentué par le discours indirect : Meursault ne s’attache pas à informer le lecteur de ce qui s’est réellement dit et ne rapporte aucune émotion.
Résumé de l’oeuvre.
Autre rencontre décisive, Raymond, un souteneur voisin de palier. Dispute avec le frère d’une de ses protégées, sur la plage, par une après-midi torride. En deux temps. Pour en arriver à Meursault tuant l’un des Arabes de cinq coups de feu.
Extrait: le procès de Meursault
Questions:
· En quoi le procès de Meursault est-il faussé?
(on ne s’attache pas au fait principal, le meurtre, mais sur une série d’événements qui n’ont aucun lien avec l’affaire en cours. De plus, on cherche davantage à émouvoir, à offusquer, qu’à raisonner. Parti pris, on n’écoute que ceux que l’on veut.)
· Comment expliquer l’acharnement du procureur?
(Meursault est un inadapté social, un “monstre”, quelqu’un qui sort de l’ordinaire et qui ne se plie pas aux conventions. Ne joue pas le jeu. Personnage effrayant, inhumain)
· En quoi le dernier paragraphe diffère-t-il du reste du texte? (Cet extrait permet de mettre en évidence le fait que l’attention aux petits détails rend Meursault heureux. L’abondance de détails montre que Meursault n’est pas indifférent à tout ; il est au contraire très attentif à ce que lui communiquent ses sens. Meursault est très ancré dans le présent.)
· En quoi le Meursault du procès est-il différent de celui de la demande en mariage? (il perçoit mieux l’intériorité des gens, commence à réfléchir les rapports sociaux)
Le procès est une sorte d’éveil au monde pour Meursault. Jusqu’ici, la vie lui semblait être une suite d’événements fortuits qui lui glissaient dessus. Mais il vivait tout de même, il agissait, sans forcément avoir de raison, certes, mais il était libre d’agir.
Lors du procès, privé de liberté, il est également pratiquement privé de parole. Dès lors, on l’impression d’assister à un spectacle, à une caricature de procès. Lui vient alors la révélation du sens de son indifférence de naguère.
Demander aux élèves ce qui peut pousser un homme à une telle indifférence, à l’idée que tout se vaut?
L'absurde naît de la confrontation entre l'appel humain (quête du sens de la vie) et le silence déraisonnable du monde (insensé).
L’homme vit dans un monde dont il ne comprend pas le sens, dont il ignore tout, jusqu’à sa raison d’être. La seule certitude, c’est qu’on finit par mourir.
Trois conséquences de l’absurde sont développées dans L’Étranger :
· le rejet des valeurs sociales et morales,
· l’indifférence aux autres et à soi-même
· le développement de la réceptivité, lié à la certitude que seul le présent importe.
Comment dépasser ce sentiment de l’absurde?
a) dépasser le silence déraisonnable du monde, son caratère insensé
Camus refuse tout recours à la transcendance, pour lui, pas de perspectives divines mais des réponses humaines.
Une autre manière de trouver du sens serait d’en injecter : faire des projets, établir des buts, et par là même croire que la vie puisse se diriger. Mais à nouveau « tout cela se trouve démenti d’une façon vertigineuse par l’absurdité d’une mort possible». En effet, pour l’homme absurde il n’y a pas de futur, seul compte l’ici et le maintenant.
La première des deux forces contradictoires, à savoir le silence déraisonnable du monde ne peut donc être niée.
b) dépasser l’appel humain.
Quant à l’autre force contradictoire permettant cette confrontation dont naît l’absurde, qui est l’appel humain, la seule manière de la faire taire serait le suicide. Mais ce dernier est exclu car à sa manière « le suicide résout l’absurde[1] ».
Or l’absurde ne doit pas se résoudre. L’absurde est générateur d’une énergie. Et ce refus du suicide, c’est l’exaltation de la vie, la passion de l’homme absurde. Ce dernier n’abdique pas, il se révolte !
La révolte c’est connaître notre destin fatal et néanmoins l’affronter, c’est l’intelligence aux prises avec le silence déraisonnable du monde, c’est le condamné à mort qui refuse le suicide.
Le dépassement de l’absurde généralisé
Lecture d’extrait: “L’Homme révolté”, essai.
But: montrer comment Camus envisage le dépassement de l’absurde par la collectivité.
Question 1: Négation et affirmation. Expliquer
R: Le “non” est un “oui jusqu’à un certain point”. Il ne s’agit pas de refuser tout en bloc, mais d’établir une frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est plus.
Exagérer, c’est agir en dehors de son champ d’action, et donc envahir celui de l’Autre.
Et la limite se situe à l’endroit où l’on ne reconnaît pas “ce qui vaut la peine”, ce qu’il y a à sauver malgré tout, ce qui dépasse le cas singulier: la dignité de l’homme.
Question 2: A quel acte évoqué dans “L’Etranger” pourrait-on comparer le silence dont on parle dans cet extrait?
R: Le suicide; comme renoncement au combat et donc acceptation de l’injustice.
Question 3: Comment Camus modifie-t-il le cogito cartésien?
Expliquer le doute de Descartes : par le doute, on fait table rase de tout ce qui existe. Cela fait, on se rend compte qu’il reste une chose : le cogito. Pendant qu’on doute, une chose est certaine : on doute. Si on doute, on pense ; si on pense, on est => « Je pense donc je suis ». Chez Camus, lorsque l’absurde a tout balayé, il reste une chose : la révolte, celle du corps qui doit mourir, celle de l’esprit qui ne peut donner du sens à tout.
La révolte me permet d’affirmer ma valeur humaine.
Théâtre de l’absurde: préparation
Objectifs:
- Situer le théâtre de l’absurde dans l’histoire littéraire, cerner le concept philosophique de l’absurde et rappeler son exploitation dans le roman.
- Illustrer ce courant dramaturgique par deux auteurs incontournables, connus, au moins de nom, par les élèves: E. Ionesco et S. Beckett.
- Relever les principaux mécanismes mis en oeuvre pour signifier l’absurde. Etude des points communs et des oppositions dans les démarches des deux dramaturges.
Introduction
Période d’après-guerre.
Se souviennent-ils de la notion d’absurde chez Camus ou Sartre?
Þ terme philosophique apparu au XXème siècle dans les oeuvres de Camus (“Le mythe de Sisyphe”, essai, “L’Etranger”, roman) et Sartre (“L’Etre et le Néant”, essai), où il désigne l’absence de sens logique de la condition humaine.
Dans le domaine dramaturgique, on a appelé Théâtre de l’absurde une forme d’écriture théâtrale, née après la Seconde Guerre mondiale, qui met en scène l’aspect dérisoire de la condition humaine et la déraison du monde dans laquelle l'humanité se perd.
Il bouscule les conventions et les principes du théâtre bourgeois.
Géographiquement, à l'origine très clairement situé dans le Paris avant-gardiste, dans les théâtres de poche de la rive gauche, et même plus précisément du Quartier Latin. Cependant parmi les chefs de file de ce mouvement qui vivent en France, peu sont français.
Deux auteurs emblématiques: Eugène IONESCO et Samuel BECKETT
Points communs:
- nés à l’étranger (Ionesco: Roumanie, Beckett: Irlande), mais installés à Paris, de langue maternelle autre que le français.
Þ demander aux élèves quelles peuvent en être les conséquences
o interroge le langage (perte de sens dans le monde mais aussi dans le langage). Grande suspicion. Impossibilité de communiquer, dialogues tournent à vide, dialogues de sourds, abondance de clichés. Chez Ionesco, souvent par le trop plein, chez Beckett, souvent par le trop peu.
o théâtre engagé à l’époque (après-guerre, théâtre existentialiste, issu du même constat d’absurdité, en philosophie) qui porte un regard critique sur une société dont ils ne partagent pas l’héritage.
- Au niveau des oeuvres: (on a dit bouscule les conventions et les principes du théâtre bourgeois)
- Insolites, sortent des canons, des habitudes.
- Mêlent des éléments tragiques et des situations comiques.
- Tendent à réduire au maximum l’action théâtrale
Ex: “Fin de partie”, Beckett : deux vieux dans deux poubelles
- Rejettent toute référence historique Þ reflet du théâtre engagé.
- Personnages sont souvent des marginaux, des anti-héros sans psychologie et aux contours indéfinis.
Eugène IONESCO
Biographie
Eugène Ionesco est né en 1912 à Slatina, en Roumanie, d’un père roumain et d’une mère française. Dès 1913 il vit en France mais il regagne son pays natal en 1925.
Etudiant en français à l’université de Bucarest, il devient professeur de français, mais il quitte à nouveau le pays en 1938 avec une bourse du gouvernement pour faire une thèse en France (sur “le pêché et la mort dans la poésie moderne”).
Travaille à Paris comme correcteur dans une maison d’édition. Sa première pièce, “La cantatrice chauve” , montée en 1950 (par Nicolas Bataille aux Noctambules), est d’abord un échec avant d’être jouée sans interruption depuis 1957 au théâtre de la Huchette.
Mais dès 1951, avec “La Leçon”, Ionesco se taille une réputation de dramaturge à sensation, voué au scandale.
Les grands succès viendront durant la décennie suivante, avec “Rhinocéros”, en 1960, et “Le Roi se meurt”, en 1961.
Ionesco est élu à l’Académie Française en 1971.
Premier extrait: Issu de “La cantatrice chauve”
Résumé de la pièce:
Pièce parfois qualifiée d’anti-pièce en 1 acte et 11 scènes.
Neuf heures du soir dans un intérieur bourgeois londonien, salon de M. et Mme Smith.
Fin de repas, bavardage au coin du feu, M. Smith parcourt le journal. Pendant ce temps, Mme se répand en propos futiles, “décortique” ce qu’ils ont mangé avec une précision inutile. Les raisonnements des deux époux sont surprenants et décousus.
Lisant la rubrique nécrologique, M. Smith s’étonne notamment que l’on mentionne toujours l’âge des décédés et jamais celui des nouveaux-nés.
Lire l’extrait.
1) Demander aux élèves leurs impressions: ils répondront sans doute que les dialogues sont absurdes. Attirer leur attention sur les didascalies qui elles aussi sont dépourvues de sens: “Silence. La pendule ne sonne aucune fois”
Þ l’absurde dépasse la teneur des propos des protagonistes. La mise en scène également est remise en question.
2) Qu’y a-t-il d’absurde dans les propos tenus par les époux?
- Annonce d’un événement déjà connu qui provoque pourtant la surprise de Mme Smith. Cette surprise est-elle feinte ou pas?
- Lien de cause à effet suggéré puis annulé par une contradicition (à propos du journal). Jeu de ping-pong,les époux se renvoient la faute.
- Notations de temps farfelues.
- Pourquoi M. Smith reprend-il son épouse quand elle plaint “la” pauvre Bobby?
R: M. Smith semble être soucieux du respect des règles grammaticales (accord en genre). Hypothèse: si le contenu est absurde, la langue est au moins préservée. Mais revirement: Mme Smith évoquait l’épouse du défunt.
ÞMéfiance par rapport au langage qui est chargé d’ambiguités.
- Que signifie l’intervention de Mme Smith: “Comme ils avaient le même nom, on ne pouvaient les distinguer l’un de l’autre quand on les voyait ensemble”.
ÞDébordement de l’ambiguité linguistique sur la réalité.
- Que peut-on dire de la description que fait M. Smith de Bobby Watson?
R: elle est double et totalement contradictoire. L’impression de parler de deux personnes disctinctes (Bobby Watson désigne déjà deux personnes).
Þ Démultiplication des possibilités, du monde.
- Que vient faire “Elle est professeur de chant” dans la description?
R: indication apparemment aussi absurde que le reste, mais résonnance particulière du fait du titre de la pièce. Annonce d’un non-événement qui passe elle-même inaperçue. Mise en abyme.
- Didascalie: Pourquoi écrire “un long temps” plutôt qu’”un temps long”, plus habituel en français?
R: tentative de nous donner un regard neuf sur notre propre langue par le biais d’un jeu de mot.
Hypothèse: imitation de la forme anglaise “a long time ago”. Dans ce cas, ambiguitié et contamination de la langue par le contexte (salon anglais).
- Fin de l’extrait: inversion totale de la temporalité.
Conclusions:
Le texte donne une impression générale de babillage, de dialogues de sourds.
Au niveau du contenu, contradictions, temporalité irréelle, méprises, confusion de personnages.
Les didascalies sont également incohérentes.
Au niveau de la langue: méfiance intallée par la confusion des deux Watson. L’ambiguité, d’abord linguistique, déborde sur le réel.
Dépaysement du lecteur, mise à distance par rapport à sa langue dans l’inversion: un long temps.
Fin de l’histoire:
Mary, la bonne, puis les Martin, un couple d’invités tiennent à leur tour des propos incohérents: les Martin notamment, laissés seuls dans le salon, semblent ne pas se connaître et entame une discussion au cours de laquelle ils se rendront compte, de coïncidence en coïncidence, qu’ils sont époux.
Apparaît également le personnage du capitaine des pompiers qui se plaint que les incendies sont de plus en plus rares entre autres absurdités. Il prend congé des autres protagonistes en invoquant un incendie qui devait se déclarer dans “trois quarts d’heure et seize minutes exactement”…
Les Smith et les Martin reprennent leurs places et entament à nouveau une discussion insensée. Les phrases deviennent de plus en plus brèves au point de devenir une suite de mots puis d’onomatopées.
Ils finissent par tous répéter: “C’est pas par là, c’est par ici”
Ils quittent alors la scène en hurlant dans l’obscurité.
La lumière revient et les Martin sont assis à la place qu’occupaient les Smith au début de la pièce. Ils reprennent les répliques de la première scène.
Qu’est-ce cela peut indiquer?
Absurdité des banalités échangées entre conjoints, discours stéréotypés, anecdotiques, clichés.
Les personnages sont interchangeables. Les individus le sont peut-être aussi.
Il n’y aucune intrigue.
Question du titre: on n’évoque la cantatrice chauve qu’une seule fois, lorsque le capitaine interroge les protagonistes: “Et la cantatrice chauve?”. Les convives lui répondent:”Elle se coiffe toujours de la même façon”. Sommet de l’absurde.
Le Rhinocéros: (1960)
Présentation générale
Pièce en 3 Actes et 4 tableaux
Dix ans après “La cantatrice chauve”, Ionesco continue à dénoncer l’absurde. Mais là où ses premières pièces remettaient en question le langage et illustrait le raisonnement par l’absurde, les suivantes traiteront de la résolution du sentiment de l’absurde tels que le conçoivent Camus (révolte) et Sartre (révolution)
Rappeler rapidement les voies que prennent les deux philosophes.
Résumé:
Acte 1
Bérenger, le héros, et Jean, son collègue de bureau sont attablés à une terrasse de café, dans une petite ville, un dimanche matin.
Lecture du premier extrait, Acte 1, discussion entre Bérenger et Jean.
Objectifs: dégager la personnalité du héros, Bérenger, et celle d’un adjuvant, Jean;
Jean semble avoir de l’ascendant sur Béranger. Béranger apathique, présenté comme un noceur, voire un alcoolique, débraillé, barbouillé.
Jean domine Bérenger par la parole, le dénigre. Semble toujours impeccable, homme soigné et soigneux.
Jean reproche également à Bérenger son manque de personnalité.
Soudain, un rhinocéros traverse bruyamment la grand-place, des badauds, interloqués commentent cette apparition impromptues puis retournent à leurs occupations.
Personnage important: Daisy, dont Bérenger est amoureux, mais il ne lui déclare pas sa flamme,, complexe d’infériorité avec un autre collègue.
Un autre rhino traverse la place, en sens inverse.
Discussions entre les deux hommes autour de trois questions:
- était-ce le même rhino?
- Avait-il une ou deux cornes?
- Était-ce un rhino d’afrique ou d’asie?
Le ton monte, les deux hommes se séparent fâchés, fin du premier acte
Acte II
Un collègue, Monsieur Boeuf, est absent. Veuve croit l’avoir aperçu sous la forme d’un rhino qui la suivait. Le rhino apparaît. Elle s’évanouit, reprend ses esprits et repart sur le dos de l’animal.
Multiplication des transformations, de plus en plus de gens succombent à cette tendance.
Bérenger rend visite à son collègue Jean dont on a retracé le portrait psycho dans le premier extrait. Celui-ci tient des propos effrayants: préconise le retour à l’animal et critique l’espèce humaine. Se métamorphose lui-même
Acte III
Bérenger est malade, atteint, mais il lutte.
Tous ses collègues cèdent l’un après l’autre.
Daisy a apporté de quoi déjeuner, mais grande difficultés à trouver des provisions (comme en guerre)
Daisy et Bérenger restent seuls, font des projets, mais les barrissements sont omniprésents, on ne parle que de ça à la radio, Bérenger ne peut empêcher Daisy de les rejoindre.
Elle part sur ces mots: “Que veux-tu qu’on y fasse? Il faut être raisonnable, tâchons de s’entendre avec eux”
Extrait n°2. “Je suis le dernier homme”
Réflexion de Ionesco sur le tragique de la condition humaine sur trois plans:
- individu
- couple
- collectif.
Travail individuel:
Question aux élèves:
relevez les phrases qui l’illustrent.
Relevez les éléments réalistes et mythologiques et montrez en quoi ils sont complémentaires.
Théâtre de l’absurde: Samuel Beckett
Biographie
Né en 1906 en Irlande, banlieue aisée de Dublin, petite bourgeoisie.
Etudes brillantes, français, italien et anglais.
Enseignant pendant un temps à Dublin, puis poste de lecteur d’anglais à l’Ecole Normale Supérieure de Paris en 1928.
Bref retour à Dublin (autre poste de lecteur) puis errance à travers l’Europe (Allemagne, Londres…) jusqu’à peu avant la guerre pendant laquelle il s’installera en France.
A cette époque, il a déjà écrit un essai critique et un roman, “Murphy”, qui essuie 36 refus avant d’être publié.
Participation active dans la résistance.
Après la guerre s’ouvre la période la plus féconde de sa carrière. Auparavant, ses oeuvres étaient trop érudites, donc difficiles d’accès. Son premier roman, “Murphy”, publié en 1938 explore le thème de la folie et des échecs. À la même époque, il commence à écrire en français, quelques poèmes, nouvelles, pièces courtes.
Le passage par une autre langue a avant tout été un procédé qui lui a permis de simplifier son style en le purifiant des automatismes de la langue maternelle.
A partir de 1944 et jusqu'à sa mort, Beckett écrira en fait une œuvre bilingue ; il ne s'agit pas d'un passage définitif au français mais à une coexistence assez équilibrée entre les deux langues, avec toutefois une certaine prédilection pour le français, en particulier jusqu'au milieu des années soixante. Une grande partie des textes sera traduite dans les deux sens par l'auteur lui-même.
Moment d’intense création: 1951: deux romans, “Molloy” et “Malone meurt”
1953: deux autres “L’Innommable” et “Watt”
et une pièce, “En attendant Godot” (écrit en 1948, montée par R. Blin)
C'est en français que Beckett écrit ses œuvres les plus connues ; en quinze ans, trois pièces de théâtre connaissent un grand succès : “En attendant Godot” (1948-1949),
“Fin de partie” (1955-1957) et
“Oh les beaux jours “(1960).
Ces pièces traitent du désespoir et de la volonté d'y survivre, tout en étant confronté à un monde incompréhensible.
Troisième période: après cette période d’intense création, Beckett continue d’explorer les limites de l’écriture et crée des textes de plus en plus courts, des pièces qui s’éloignent encore davantage du théâtre traditionnel et se raprochent de l’installation ou de la chorégraphie.
“En attendant Godot”
Pièce en deux actes, en français et en prose, écrite en 1948 mais montée en 1953 par Roger Blin.
Comme pour les premières représentations des pièces de Ionesco, le succès ne sourit pas tout de suite aux créations de S. Beckett.
Premier extrait: Incipit
Avant la lecture, étudier une partie du paratexte:
Titre: que peut-on envisager comme pièce? Pièce sur l’attente d’un personnage énigmatique, dont on ne sait rien à ce stade.
Titre: Qu’indique le gérondif? Importance de la durée de cette attente. On va la vivre en même temps que les personnages.
Disdascalies: Lieu: no man’s land, lieu de passage, de transit. Un arbre, sans feuille, pauvreté du décor en contre-pied avec le théâtre traditionnel.
Didascalies: Temps: “Soir”, à nouveau, contre-pied à la règle des trois unités qui veut que l’intrigue commence le matin et se déroule sur une seule journée.
Lecture silencieuse, individuelle (but: accorder de l’attention aux didascalies qui sont l’indicateur de phénomènes que nous relèverons plus tard) puis lecture à voix haute par deux élèves.
Le lecteur connaît le nom des deux personnages dès la première page, qu’en est-il des spectateurs de la pièce? Vladimir s’auto-désigne, il est porteur d’un nom. Estragon en revanche n’est pas nommé. Présence physique et sonore. A aucun moment de la pièce le nom d’Estragon n’est prononçé, on l’appelle Gogo. Ressemblance avec Godot.
Observons les didascalies et recherchons les indications de temps, de pause.
Estragon se recueille, songe, réfléchit (disdascalies). Verbes directement liés à la pensée et qui suggère un certain temps de pause.
“Silence” (deux fois)
“Un temps”, etc
Teneur des propos d’Estragon en lien avec le temps. Action possible dans le passé, mais maintenant, il est trop tard, “on” nous en empêcherait. Pourtant “A quoi bon se décourager à présent” condamnés à continuer…. À attendre.
ÞVolonté de la part de l’auteur de briser la dynamique de la pièce. A nouveau, contre-pied avec le théâtre traditionnel.
En quoi diffèrent les personnages?
Deux clochards
Impression que Vlad a de l’ascendant sur Gogo. Trouver exemples.
Dichotomie: demander aux élèves d’observer à nouveau les didascalies et de repérer les verbes qui indiquent les actions des deux personnages.
Vladimir est un personnage essentiellement pensant, qui songe.
Estragon agit, a une réelle substance, est un corps à part entière à qui Vlad semble dire quoi faire.
Importance des accessoires: Vlad cherche dans son chapeau, Gogo dans sa chaussure.
Vlad assène à Gogo qu’il ne serait rien sans lui, “un petit tas d’ossements”.
“C’est trop pour un seul homme”
Discussion autour de “celui qui a mal”, comparaison entre douleurs physiques et morales?
Les discours et les actes sont-ils en concordance? Non, pas toujours
Ex: “Par là” (sans un geste). Incongru, absurde. Incohérence?
Extrémités du texte: “Rien à faire” et “Rien à voir”. Le ton est donné, les personnages nous livrent déjà le ressort de la pièce: aucun mouvement, absence, vide.
Conclusion pour cet extrait:
plusieurs coups à la tradition:
Deux clochards. On ne connaît qu’un seul nom.
L’action débute au soir dans un décor dépouillé, un no man’s land.
Action/non-action constamment interrompue par la réflexion d’Estragon.
Non concordance entre le jeu scénique et les paroles.
Couple symbolique.
Thème de l’inaction, du vide, de l’attente et de l’impossibilité d’agir aujourd’hui.
Deuxième extrait: présentation de Lucky et Pozzo
Lecture par trois élèves.
Travail individuel:
Donner trois traits de caractère de Pozzo et illustrer par un exemple (grossier coup d’pied au cul, imbu de lui-même bonté, âge, pas de coeur traite Pozzo comme un animal, autoritaire donne des ordres aussi bien à Lucky qu’à Gogo, pas d’avis, inconstant époque meilleure ou pas, rien n’était vrai)
Comment peut-on interpréter le coup de pied de Lucky? (chien battu qui mord ou refus d’aide)
Déterminer sur quelles valeurs se basent les jugements “moraux” des Gogo et Vlad?(morale girouette, exclusivement guidée par l’émotivité)
Quel est le sens des interventions de ligne 86 à fin? (spectacle, cirque… but de divertissements… tromper l’attente, ca ne fait que commencer. Mélange des genres, humour, tragique, les persos sont des clowns métaphysiques)
Dernier extrait, fin de la pièce.
Exercice collectif
Quels sont les points communs entre la première et la dernière scènes?
Les didascalies sont similaires, mais un élément diffère: Estragon parvient à se déchausser sans mal. Que cela peut-il signifier?
Rappeler la déchance de Pozzo et Lucky
La dichotomie Vladimir et Estragon est intacte.
Silence toujours aussi important.
Non concordance.
Conclusion:
Comme dans la “Cantatrice chauve” de Ionesco, “En attendant Godot” est une pièce cyclique rapportant un non-événement.
Le Godot attendu n’arrive pas, n’entre jamais en scène, comme la Cantatrice. Ici, importance de la durée de l’attente émaillée d’épisodes incongrus.
La foi dans la langue est ici aussi ébranlée, il n’a plus le pouvoir de communiquer. Il est théâtral et non littéraire. Les didascalies indiquent la gestuelle, présence de danse; cette pièce rompt la frontière avec le spectacle de music-hall ou de cirque.
La parole, abondante et répétitive, creuse, a le rôle essentiel de tromper l’attente.
Méthodologie
L’étude de ces deux dramaturges se fera essentiellement par la lecture de différents extraits. Ce genre littéraire facilite le travail collectif de la classe puisqu’il nécessite l’intervention d’au moins deux élèves pour la première lecture. De plus, le caractère assez immédiat des pièces de l’absurde permet un échange d’idées plus aisé entre les élèves.
Partant de la vision archétypale et traditionnelle qu’ont la plupart des élèves du théâtre, nous nous efforcerons de relever, dans la forme et dans le fond des extraits, les éléments qui justifieront l’appellation donnée à ce type particulier de théâtre. Nous aurons également situé ce type de théâtre dans le contexte philosophico-littéraire de l’époque.
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